Les chroniques du patio
Archives de septembre, 2006
28 septembre, 2006
En 70, j’avais 8 ans. Comme toutes les gamines de 8 ans, pour moi la vie se résumait à papa/maman/la famille élargie/les amies/l’école. La douce vie sans soucis, quoi! Pourtant, il y avait une fébrilité dans l’air, un je ne sais quoi de plus grave dans la voix et dans le regard de mon père.
Un soir de fin d’été, avant qu’il ne fasse noir, un bang retentissant a surpris tout le monde. Bien vite, les sirènes de voitures de polices, des camions de pompiers et des ambulances ont envahi notre petite ville tranquille. Notre petite ville de région « éloignée », bien loin de Montréal et de ses bandits. Comme tous les voisins, mon père est allé voir. Et il est revenu, l’air encore plus grave. Je l’ai entendu chuchoter des choses à ma mère, puis il m’a mise au lit, en me serrant très fort. Il m’a expliqué que des gens, sans qu’on comprenne trop pourquoi, avaient fait éclater une bombe au Steinberg du centre-ville. Et que jamais, jamais, la violence n’était une solution. Je ne sais plus ce que j’ai retenu, mais je me souviens avec acuité de son air grave, lui qui était mon clown personnel permanent.
Quelques mois plus tard, je me souviens d’avoir vu, à la télévision, l’armée dans les rues de Montréal. Ça m’avait impressionnée. Puis, j’ai vu que dans mon petit patelin, pour protéger un ministre du gouvernement, l’armée était aussi installée. Et j’ai eu peur. Dans la tête d’une enfant de 8 ans, l’armée, c’est la guerre.
Je me souviens de Gaétan Montreuil, lisant le manifeste du FLQ. Je me souviens surtout des pleurs de ma mère et du découragement de mon père. Pour eux, j’imagine, les « événements d’octobre » c’était l’équivalent de notre 11 septembre: l’effondrement du monde tel qu’ils le connaissaient.
C’est là, je pense, que j’ai décidé, dans ma petite tête d’enfant de 8 ans, que moi, je ferais ce qu’il faudrait pour que ça n’arrive plus. Et que j’ai compris que c’était dans les bureaux de Québec qu’il fallait être. On peut militer à l’extérieur des cercles du pouvoir et gueuler, ou alors on peut y entrer, et travailler fort, baver, sacrer, et essayer pouce par pouce de changer les choses. J’ai fait le tour, j’ai gravité sans m’investir, sans militer. Et un jour, j’ai plongé.
Ça m’a pris 20 ans pour en sortir, et si j’ai pu changer, à une modeste échelle, des choses infimes, je considère que je n’ai pas perdu mon temps et j’en suis fière. Mais j’ai aussi compris que même dans les bureaux de Québec ou d’Ottawa, c’est rarement là que les choses se décident.
Suis-je désabusée par la politique? Oh! que oui! En écoutant la dernière partie de l’excellente série sur René Lévesque,qui se terminait sur octobre 70, j’ai ressenti une certaine nostalgie de cette fébrilité qui vous prend toute entière. Je n’ai jamais pris de drogue forte *et même sous la torture, je nierai toute ma vie avoir inhaler la méchante boucanne du tabac qui fait rire*, mais le « high » politique is « highly addictive », je peux en témoigner.
Je nous souhaite de retrouver des leaders qui sauront nous redonner collectivement le goût de nous investir dans la chose publique. Malheureusement, rouge, bleu ou vert, y’a rien d’excitant à l’horizon…
Me reste les rhinoféroces. Tiens, mammouth, et si on y regardait de plus près???
27 septembre, 2006
Hier, j’ai eu une passionnante discussion avec mon amie la banlieusarde, dans le train matinal qui nous menait au centre-ville, sur la vie de blogueuse et sur nos lectorats respectifs. Évidemment, les amateurs de recettes et les folles-dingues des crèmes et petits pots ne sont sûrement pas attirés par l’odeur de résine de synthèse de votre humble serviteuse…
Mais alors, comment augmenter mon lectorat?
Facile, me répond Mammouth. Parle de cul. Ça génère un traffic incroyable, le cul.
Alors, voilà. Toute pudeur envolée, je vous parle de cul ce matin.
Cul. Cul. Cul. Cul.
Et ne reculant devant rien, pour faire bonne mesure, je me lâche totalement lousse:
BIZOUNE!
Allez, à votre tour, maintenant. Envahissez la section commentaire!
25 septembre, 2006
Petite discussion sympa sur l’heure du lunch avec des collègues. Le sujet du jour? Comme à tous les lundis, TLMP… J’ai écouté, hier. Mais pas au complet. J’ai surtout écouté la magnifique, l’extraordinaire, l’émouvante et touchante discussion entre Serge Fiori et Richard Martineau. Une heure de pure délice. A mes yeux, Fiori est encore plus, aujourd’hui, un « monstre sacré » qu’il l’était avant que je ne vois cet entretien. Il s’est ouvert, s’est laissé aller, devant une caméra pleine de pudeur mais très intime. Troublant. Un beau moment de télévision. Une belle rencontre. Eh oui! j’y serai au petit Champlain. Hein, mammouth, qu’on y sera??
Et puis, à 10h00, une nouvelle série. « Studio 60 on Sunset Strip ». J’y ai retrouvé plein de comédiens que j’ai adoré dans d’autres séries. Et c’est du même auteur que West Wing, donc du bon, rien que du bon.
Et j’ai très hâte à demain, pour voir la suite de Sophie Paquin. Et j’aurai des regrets d’avoir manqué la première, mais je ne raterai sûrement pas la dernière de l’excellente série sur René Lévesque, en espérant que la suite suive rapidement!
Ce qui me ramène à TLMP… c’est la seule entrevue que j’ai écouté attentivement. Je découvre avec bonheur Emmanuel Bilodeau. Pour le reste, mais promettez-moi que ça ne sortira pas d’ici… Dany Turcotte m’énnnnnnarve!
24 septembre, 2006
Dans ma vie pré-conciliation travail/famille, j’ai eu la chance de vivre des expériences qui m’ont profondément marquée. Non, je ne vous raconterez pas ma brosse à la Vodka pure (pas par pudeur, mais dites-moi, vous en connaissez beaucoup des gens qui ont des « souvenirs » d’une brosse à la Vodka pure, vous?). Pas plus que je ne vous entretiendrez de mes folles nuits de célibataire en goguette (m’a me garder une p’tite gêne, si vous n’y voyez pas d’inconvénients… et même si vous en voyez, too bad!)
J’ai travaillé 5 ans au ministère de l’Immigration. 5 années à voir du meilleur et du pire de la nature humaine. 5 années à me demander si ce que nous faisions avait un sens. Jusqu’au jour ou le Kosovo est arrivé. Le Kosovo m’a appris les limites, mais surtout les grandeurs de l’Homme.
Ce furent 7 semaines intenses. Le Canada ayant décidé d’accueillir 5000 réfugiés en provenance du Kosovo, je me suis retrouvée, un lundi de Pâques, catapultée au sein d’un comité chargé de planifier leur arrivée. Premier choc: la Défense nationale et les Affaires étrangères, c’est plein de vieux monsieurs imbus de leurs responsabilités, mais qui n’ont aucun sens pratique… Je me suis bien vite fait une réputation de « mouche du coche ». Mais que voulez-vous (tiens, ça me rappelle vaguement kekun, ça…) je suis une pratico-pratique, moi. Aller chercher 5000 réfugiés dans des camps, alors que chaque soir, au Téléjournal, Bernard nous parle d’épidémie de choléra possible, moi je veux bien. Mais ou donc est Santé Canada???? Hum… Et tant qu’à poser des questions qui dérangent, on va les mettre ou, nos nouveaux amis? Sur des bases militaires.. ah!… et on fait quoi avec les enfants? On a des couches? Comment des couches??? C’est que… des enfants… surtout des poupons… ben les toilettes chimiques, c’est pas approprié tellement…On a des psychologues? Des gens spécialisés dans l’accueil de gens profondément traumatisés? Me semble qu’après avoir marché un mois, être abouti dans un camp de réfugiés à partager 3 pieds carrés avec 12 autres personnes, si quelqu’un m’offrait un semblant d’aide psychologique, j’apprécierais peut-être… Enfin, vous voyez le genre…
On a eu 3 semaines pour tout préparer, penser à tout, de la sécurité nationale (on allait quand même pas ramener de dangeureux terroristes, hein! Comme si, en 1999, on savait ce qu’étaient des terroristes… ) à l’installation des bases militaires pour y accueillir des familles, les provisions de vaccins, la collecte de jouets, les papiers… Des semaines à travailler jour et nuit, à côtoyer des gens extraordinaires, fonctionnaires, bénévoles de la Croix-Rouge, militaires, qui n’avaient qu’une pensée: donner du réconfort physique et psychologique à des gens qui venaient de traverser l’enfer.
J’ai eu le privilège d’être là quand le premier avion en provenance de la Macédoine est arrivé à Trenton. Tout au long du voyage, le pilote avait gardé le contact avec nous: un homme très âgé, que nous avions quand même choisi d’amener pour le garder avec sa famille, donnait des signes qu’il supportait bien mal le voyage. Au point qu’on nous avait demandé d’avoir une ambulance prête à tout lorsque l’avion se serait posé. Je n’ai pas de mots pour décrire l’émotion qui m’a habitée quand l’avion s’est finalement arrêté près du bâtiment d’accueil… Ce vieillard a refusé la chaise roulante qui l’attendait, et a tenu à marcher la distance entre l’avion et le bâtiment. Tout au plus 200 mètres, mais qu’il a pris 30 minutes à parcourir. Et qui m’a dit, en passant à côté de moi (évidemment, l’interprète a traduit) que même s’il ne lui restait rien, il avait toujours sa dignité. Et qu’un homme, un vrai, va à la mort debout.
Des images, en vrac, me sont restées. Un livre magnifique a été produit après l’opération d’accueil. Mais les plus belles images, elles sont dans ma tête. Un jour, peut-être, je vous parlerai de cet enfant qui, spontanément, s’est jeté dans les bras d’un militaire à sa sortie de l’avion, ignorant superbement la rangée de dignitaires qui l’accueillait. Un vrai militaire, un tough là. Et de la larme que le militaire a essayé, discrètement, de faire disparaître de sa joue. Ou de ces jeunes soldats, à peine sortis de l’adolescence, réquisitionnés à une base militaire de la Nouvelle-Ecosse, berçant tendrement de jeunes enfants dans une garderie improvisée. Ou du bébé qui est né le lendemain de l’arrivée de ses parents, et à qui on a donné un prénom signifiant Espoir.
A chaque fois comme aujourd’hui, quand j’ai le goût de me plaindre de ma fatigue et de mes problèmes de maman gâtée, je repense à ce vieillard. Ou à ces enfants et à leurs parents.
21 septembre, 2006
Il faut que je vous dise combien extraordinaire fut ma chance d’assister à leur concert.
Ils débarquent sur scène en costume même le batteur, c’est surnaturel et déjà le public est en délire mais c’est religieusement que ce dernier écoute une version du Boléro de Ravel, premier morceau de ce groupe dont les airs se succèdent et nous entraînent au Brésil, au Portugal, au Japon, aux États, etc.
Chapeau bas à cette magnifique chanteuse qu’est China Forbes qui nous a même régalés de leur première chanson en arabe. Six langues différentes, mêlant les origines, les styles… sur scène ils jouent une phénoménale entente et nous font comprendre que les barrières peuvent se baisser lorsqu’on le souhaite vraiment.
Tout simplement merci! À écouter sans modération…
18 septembre, 2006
Non, pas par Serge Lama. Par ma fille.
Samedi, j’ai succombé. J’ai acheté un pèse-personne. Je m’étais pourtant jurée de ne pas avoir cet engin d’enfer dans la maison: je suis une obsessive, et je savais qu’avec ça dans la salle de bain, j’aurais la tentation de me peser matin et soir. Or, depuis que je fais WW, la pesée hebdomadaire me suffisait. Mais samedi, j’ai succombé.
Ma merveilleuse merveille m’a accompagné, pendant les vacances, à ma pesée hebdomadaire et est elle-même monté sur la balance 2 fois, parce que la madame WW trouvait ça cute. Merveille elle-même trouvait ça amusant de voir apparaître les chiffres.
Ce matin, pendant que je suis sous la douche, je l’entend arriver dans la salle de bain. Elle ne réalise pas que je l’espionne (!). Elle fait son petit pipi doré, et va directement sous la vanité sortir le pèse-personne, y grimpe et dit voix haute: « tiens, j’ai grandi cette nuit »…
Évidemment, j’ai pouffé de rire. Mais je suis quand même troublée. La dernière chose que je souhaite, c’est que ma fille développe un rapport malsain à la nourriture et à son image corporelle. Nous avons toujours fait attention là-dessus. Je n’arrête pas de lui dire (trop peut-être) qu’elle est la plus belle des petites filles nées le 12 août après 3 heures. De la voir se peser, très sérieusement, ça m’a fait tout drôle au fond de l’estomac… Nos enfants apprennent beaucoup par l’exemple. Est-ce cela que je veux qu’elle apprenne? Ou alors, est-ce génétique? Hum… grosse question ce matin, et mon petit cerveau refuse de fonctionner là-dessus…
18 septembre, 2006
J’aurais dû. Mais j’étais occupée. 30 litres de sauce tomates maison, 72 pots, ça se fait pas tout seul. Ça se fait avec une bonne amie et ça prend une madame qui sacrifie quelque chose. Et c’est Lama qui a été sacrifié.
Et puis, juste entre vous et moi (et ça sortira pas d’ici, hein!), Guy A. me tombe un brin sur le nerf… pas encore sur le gros nerf, mais sur le petit… J’aurais bien aimé voir Lama, parzemple. Pas Thierry. Pas Sophie. Pas Christiane (quoique je l’ai vu s’éventer… quelle classe!). Peut-être Jacques.
Mais à -31, en plein mois de janvier, quand j’ouvrirai mon petit pot d’été, j’aurai oublié Lama…
17 septembre, 2006
C’est rare, très rare, que je sois émue aux larmes en lisant un texte. Y’a une partie rationnelle de moi qui prend toujours le dessus.
Elle devait encore faire dodo, ce matin. Devant le très beau texte dans La Presse de ce matin de Stéphane Laporte, qui nous a habitué à plus de « légereté ».
Z’allez m’excuser, j’ai une larme à essuyer.
14 septembre, 2006
Je suis une mère de famille organisée et comme toute mère digne de ce nom, je prépare tout à l’avance le soir avant de me coucher.
Les vêtements des enfants sont prêts, les lunchs préparés, la table du petit déjeuner mise, les céréales sorties tout juste si les chaussures ne sont pas déjà lacées! Et tout cela au nom de quoi, du sacré temps qui s’écoule trop vite le matin avant de partir bosser.
Or ce matin, j’ai failli perdre le contrôle pour ne pas dire mon contrôle. Tout a commencé lorsque mes adorables bambins se sont réveillés. Petit homme ne voulait pas se lever et Canard joli qui d’habitude s’habille sans broncher a commencé à râler devant les habits sortis (malgré la règle de base qui dit qu’il est interdit de changer le matin les vêtements choisis la veille). Et oui, figurez-vous que le chandail n’était pas assez court, que le pantalon était trop chaud et que pour couronner le tout, elle n’avait pas de bandeau assorti (et qui lui a appris qu’il fallait assortir les accessoires aux vêtements – je vous le donne en mille!).
Passés à table, les céréales n’étaient pas de la bonne sorte, le pain grillé trop grillé et les muffins pas assez cuits. Bref, le ton a commencé doucement à monter lorsque Petit homme a renversé son lait. « Oups maman, un dégât ». Direction la salle de bains pour laver l’homme, puis la chambre pour le changer et retour dans la salle à manger pour nettoyer. Pendant ce temps, Canard joli se faisait belle dans la salle de bains et comble de joie, elle avait fini par trouver la barrette de la même couleur que son tee-shirt lorsque Petit homme s’est essuyé la bouche pleine de dentifrice sur le tee-shirt en question. La chicane a pogné et c’est hystérique à l’intérieur mais toute souriante à l’extérieur que je suis arrivée.
J’ai réussi à consoler mes 2 loustics, une avec une chemise de la même couleur que la barrette et l’autre avec l’accord d’emmener un jouet dans l’auto et nous nous sommes enfin dirigés vers la sortie lorsque j’ai réalisé que mes boîtes à lunch n’étaient plus à leur place. « ah, ah, ah! » a fait le Petit homme, « je les ai cachées » a-t-il continué en chantant et en sautant d’un pied sur l’autre. Cela m’a pris 10 minutes pour trouver la boîte à lunch qu’il avait caché dans son lit sous ses toutous (car à 4 ans, on ne peut pas espérer qu’il se souvienne où il l’avait mise, après tout ce n’est qu’un gars!) et c’est avec une bonne demie-heure de retard que je suis montée dans la voiture lorsque Petit homme a dit d’une toute petite voix : « Maman, caca ».
Après les avoir déposés à l’école et à la garderie et qu’enfin seule, dans ma voiture où en retard sur mon horaire habituel, j’ai dû subir les embouteillages (à croire que tout le monde s’était donné rendez-vous sur la route ce matin juste pour se moquer de ma tête ébouriffée du « j’ai pas eu le temps de me pomponner »), je me suis demandé l’espace d’une seconde : ça se vend-tu des enfants!?
13 septembre, 2006
J’étais partie ce matin dans l’intention de vous écrire, public en délire et lectorat fidèle, un petit texte léger, rigolo, amusant. Tiens, je vous aurais raconté comment, une fois, j’ai crû pendant 4 minutes que j’avais un cancer de la prostate! Si, vous avez bien lu, de la prostate! Non, inutile de me copier 2307 liens envers des manuels d’anatomie, je sais que je n’ai pas de prostate! Mais, en écoutant le Doc Lapointe, j’ai coché tous les symtômes… Alors, de là à conclure, dans ma proverbiale hypocondrie, que j’étais atteinte, il y a un pas que j’ai franchi allègrement…
Et puis, le boulot a bouffé plus de temps que je ne pensais ce matin. Qu’à cela ne tienne, j’écrirai sur mon heure de lunch. Or, le mercredi est jour de pesée, pour moi. Mais il faisait bof, un petit crachin tout fin, et soudainement, l’idée de marcher de mon bureau jusque chez WW me tentait moins. Et puis, j’avais été retenue au téléphone, je serais à la course et so what, je pouvais y aller demain. J’ai donc décidé d’aller d’abord chercher mon repas, et de revenir écrire en toute tranquilité.
En revenant à mon bureau, à 13h15, j’ai vu mon adjointe en larmes devant mon téléviseur ouvert… Ca m’a pris quelques minutes à comprendre. J’ai sauté sur le téléphone pour appeler Mammouth, et réalisant qu’il ne répondait pas à la maison, j’ai essayé frénétiquement le cellulaire. Il a souvent affaire au centre-ville de Montréal, était-il prêt du Collège Dawson? Vous ai-je dit que non seulement je suis hypocondriaque, mais que j’ai le scénario d’horreur facile? J’ai vu les policiers entrer dans mon bureau et me dire que mammouth avait été atteint d’une balle folle, blablabla… Non, rien de tout ça n’est arrivé, mais j’en tremblais presque à l’imaginer.
Je peux sans aucune difficulté me mettre dans la peau des parents qui ont des enfants fréquentant ce collège. L’angoisse, la peur, celle qui tord les entrailles. Et j’ai une tristesse infinie quand je pense à tous ces étudiants qui ont assisté à cet événement. On se sent tellement invicible à 17 ans… Dur retour à la réalité de voir que Colombine, c’est aussi Montréal. Que Polytechnique n’est plus un événement isolé, pour eux qui étaient des bambins en 89…
Tout comme après Polytechnique, Concordia, le 11 septembre, Colombine, la tragique prise d’enfants en otage de Beslan, c’est la perte de l’innocence qui me tue. Celle qui fait qu’on prend les transports en commun l’esprit en paix. Qu’on va à l’école en se croyant en sécurité. Qu’on envoie ses enfants à l’école en les croyant en sécurité.
D’autres plus qualifiés que moi analyseront le comment, le pourquoi. Je sais seulement que ce soir, j’ai embrassé ma merveilleuse merveille en nous souhaitant qu’à quelque part, l’horreur nous épargne. Et en remerciant encore une fois ma bonne étoile: ma pesée, celle que j’ai décidé de manquer, est à un coin de rue de la fusillade…
10 septembre, 2006
Le 11 septembre est à nos portes et depuis 2001, cette date est à jamais gravée dans nos mémoires.
Une bande de fanatiques a frappé comme d’autres l’avaient déjà fait par le passé. L’Arménie, le Tibet, le génocide juif, malheureusement etc, sont les tristes oeuvres de fous tous différents de race et de religion.
La mémoire est sélective et a la faculté d’oublier. Nos enfants se souviendront-ils de ce 11 septembre? Rien n’est moins sûr. Nos cours d’histoire ne sont plus ce qu’ils étaient.
Lorsque j’étais enfant, bénie de vivre au milieu de l’Océan indien, la tolérance était juste un mot de 4 syllabes parmi tant d’autres. Catholique, je vivais avec des protestants, des juifs, des musulmans, des bouddhistes, des malabars, des hindous, et j’en passe et aucune race ou religion ne dominait les autres. Nous vivions ensemble, parlant le langage de l’amitié et nos différences nous apprenaient non pas la tolérance mais le partage, la soif d’apprendre, l’ouverture aux autres.
La tolérance, c’est « in » mais je me refuse de l’apprendre à mes enfants. Je leur apprends à vivre et à aimer. J’espère pour eux un monde comme celui de mon île à cette époque où la religion, la race et la couleur de la peau n’avaient pas plus d’importance que la couleur des yeux.
9 septembre, 2006
Ma mère la lisait. J’ai des souvenirs de jours d’été, couchée dans la balançoire, à lire cette revue de grandes personnes que ma mère laissait traîner et qui me fascinait. Devenue grande à mon tour, Châtelaine a toujours été ma revue préférée. J’ai été abonnée. Je l’achète maintenant à la pièce, au gré des couvertures qui m’inspirent ou non.
Ce mois-ci, ce n’est pas pour Véro que je l’ai achetée. L’article sur la gratitude a retenu mon attention.
Est-ce la quarantaine? Est-ce le fait d’avoir assez vécu pour avoir subi pertes, deuils, revers? Y a-t-il un âge ou on apprend que rien n’est éternel, et que si on ne profite pas maintenant de ce qu’on a, on risque de passer tout droit? Y a-t-il un âge pour apprendre à dire merci? Parce qu’au delà de la politesse, dire merci, sincèrement, est le plus beau geste au monde. Et pas seulement dire merci aux autres. Dire merci à la vie. Même quand elle est moche. Surtout quand elle est moche, je dirais. C’est comme faire un acte de foi.
Non, je ne suis pas une indécrottable optimiste. Je suis une médame normale, avec ce que ça comprend de spm mensuel. Mammouth vous dirait que je babounne plus souvent qu’à mon tour. Mais j’aime ma vie. Et je suis reconnaissante chaque jour pour ce que j’ai. Entre vous et moi, me semble que c’est plus facile que d’être toujours en quête de satisfaction, non?
Et puis, en lisant ma Presse ce matin, j’ai dû conclure, la mort dans l’âme, que je n’étais pas tendance… oh! well! Un mammouth, 3 beaux enfants sains, une chienne idiote mais affectueuse, c’est pas mal plus important qu’un décor… Ceci étant dit, de savoir qu’IL revient, ça me met le p’tit coeur en émoi…
7 septembre, 2006
Quelques petites brèves, aujourd’hui (pas évident, le retour au boulot!)
Kent… ah! Kent!… quel beau concert! Quelle émission géniale de RC… et Chroniques blondes a raison: il a même le cheveu symphonique, le Kent…
Je me plaignais de mon âge, moi? Nah… vive Reversa! (et merci à ma copine Espresso de m’avoir fait découvrir cette pub géniale!)
Et puis mon mammouth a moi vit une journée bien spéciale! Non, vous n’aurez les détails, mais sachez que je suis bien fière de mon génial mammouth à moi!
Et oui, j’ai fait le pari que je resterais zen au boulot pour les trois prochaines semaines. On inspire… on expire…. on inspire… on expire…. on remet un p’tit peu de crême anti-rides…
4 septembre, 2006
Ce mot m’était inconnu lorsque je vivais de l’autre côté de l’Atlantique car nous n’avons pas ce genre de traditions là-bas. Oh c’est sûr certains en organisent mais il s’agit là d’événements sporadiques. C’est pourquoi ma surprise fut grande lorsque j’ai été invitée à retrouver mes copines et copains de mon club de basket d’il y a 25 ans.
Au début, j’ai paniqué… j’étais une des meilleures joueuses, un peu vedette sur les bords, allaient-ils me reconnaître? Mon corps athlétique a changé en vicieux bourrelets qui ne partent plus, que dire des rides, et plus profondément, de quoi allions-nous bien pouvoir parler après tant d’années? Serait-ce un fiasco?
Et puis, le grand jour est arrivé. La première que j’ai rencontrée fut ma meilleure amie à l’époque et passée la première larmette à l’oeil (tellement charmant lorsqu’elle a prononcé ses mots avec son accent chantant), nous sommes tombées dans les bras l’une de l’autre et oh miracle, nos filles également comme si notre amitié les liait aussi. Ce fut enchanteur. Les uns après les autres, nous avons évoqué des souvenirs tous retenus différemment : les premiers flirts (le mien est toujours aussi craquant et je suis heureuse d’avoir fait la connaissance de sa charmante famille), les premières larmes, les blessures sportives, les stages, etc, tout y est passé. Certes, tout le monde a vieilli mais notre complicité était là reliée par un ballon orange et dûe à un homme qui a su nous apprendre la solidarité, l’esprit d’équipe et l’envie de gagner (tiens j’ai même oublié que j’avais des bourrelets!). Sans cet homme extraordinaire, nous ne serions certainement pas les hommes et les femmes que nous sommes devenus. Pour beaucoup d’entre nous, il est le 2e père, celui qui nous écoutait, nous consolait et nous engueulait.
Tout cela s’est bien entendu terminé sur le terrain où notre maladresse nous a fait beaucoup rire. Ce match amical où les enfants nous ont accompagnés m’a attiré des larmes de joie et c’est avec le bonheur de nous avoir retrouvés que nous nous sommes quittés.
Merci Janot pour cette merveilleuse journée et pour les centaines d’heures où tu m’as fait suer! Tu tiens une grande place dans mon coeur et je sais que c’est grâce à toi si j’arrive à mordre ainsi dans la vie.
2 septembre, 2006
On ne se retrouve pas avec un surplus de poids parce qu’on vit de l’air du temps, on s’entend là-dessus. J’aime manger. J’aime me promener au marché public et tâter, soupeser, choisir mes fruits et légumes. Je ne peux résister à un panier de pêches que j’imagine juteuses, juste un peu résistantes sous la dent.
Oui mais, une fois le panier ici, qu’on en a mangé 4, on fait quoi avec le reste? Il m’est alors revenu hier un souvenir. Un souvenir de pudding aux pêches. Ma grand maman.
Non, ma grand-mère n’avait rien des « bonnes grands-mamans ». Elle était bouguonne, un brin acariatre, certaines fois à la limite de la méchanceté crasse. Elle répétait que si elle avait eu le choix, elle aurait eu une carrière, pas de mari, pas de marmots. Gentil encore pour sa descendance, mais quand on refuse de regarder les « filles de Caleb » parce qu’à quelque part, c’est sa propre vie qu’on regarde (Ovila inclu), on peut comprendre l’amertume de la vieille dame. Qui a refusé jusqu’à son dernier souffle l’indignité de la vieillesse. Et qui était d’une beauté à couper le souffle.
J’étais sa préférée. Sa « dernière » fille. Même si elle mélangeait mon prénom avec celui d’une tante… Quand elle a fermé sa maison pour aller vivre en centre d’accueil, c’est à moi qu’elle a laissé ses choses. Quand on a tiré le diable par la queue pendant des années, on ne laisse pas une fortune. Quelques bijoux. Quelques beaux plats de service. Mais surtout, surtout, ses livres de recettes. Ça, ça vaut de l’or.
Et au beau milieu de « La cuisine raisonnée » de Jehanne Benoît, plein de recettes écrites de sa main, de sa belle main d’écriture de maitresse d’école. Sans fautes d’orthographe. Avec les quantités du temps – 2 oeufs, les gros comme ceux de chez Steinberg, gros comme un poing de graisse Crisco, une pincée généreuse (souligné le généreuse) de sel. Tout y est: le fameux pudding aux pêches, le gâteau au lait chaud, la tarte au chocolat.
Je vous écris, enrobée de l’odeur du pudding aux pêches qui cuit doucement. Ma merveilleuse merveille m’a aidée à mélanger les ingrédients (hola, on fait quand même santé: on a coupé la quantité de sucre en 3, pris du pain multicéréales plutôt que le pain blanc tranché que grand-mère utilisait et omis le beurre recommandé). Tout à l’heure, on dégustera le fruit de nos efforts et j’aurai l’impression, pendant quelques minutes, que toute ma lignée de femmes est réunie autour de ce délicieux dessert. Ce sont ces odeurs d’enfance que je veux transmettre à ma merveilleuse merveille, tout comme elles m’ont été transmises par ma mère et ma grand-mère. Et je souhaite, secrètement, qu’à 40 ans, ma fille se souviennent de ces odeurs avec la même joie profonde que je ressens ce matin.
1 septembre, 2006
de vacances! Et oui, je relaxe! D’ailleurs, je m’en vais de ce pas profiter de la piscine, du soleil et de la farniante… En vrâ mère indigne, sans Jean-Louis XXX, sans même le remords d’avoir envoyé ma merveilleuse merveille à la gardo. Avec un livre retrouvé dans le ménage, écrit par une vieille anglaise indigne. Le bonheur tranquille, quoi!
Lundi, c’est congé. Pas vacances. Et après… après on y pensera lundi! Sauf pour vous dire que pour moi, le retour après ce congé signifie une certaine fébrilité à me demander si j’aurai quelques coups de coeur télévisuels. Moi qui ai adoré Bunker, La vie, la vie et West Wings, j’ai hâte à la série sur René Lévesque qu’on nous présentera enfin! Et y’a quelques trucs qui ont l’air intriguant assez pour que j’aies presque hâte que les feuilles tombent…