Les chroniques du patio

Là où fleurent bon la résine de synthèse et le p’tit rosé estival

Un seul printemps dans une année… une seule jeunesse dans une vie.

Simone de Beauvoir

Bon, je me fais rare, je sais. Mais les méchants microbes ont eu raison de moi: une infection dentaire, une grippe d’homme (comme j’ai été vaccinée contre la H1N1, j’en déduis que j’ai choppé la H2N2!), une infection urinaire… C’est peut-être bon pour la ligne, mais pour le moral, c’est l’enfer. Passer 5 jours au lit, être dépendante (quel horrible mot!!!!!) de la gentillesse de Mammouth, gérer ou plutôt essayer de gérer le bureau de la maison… Bref, c’était pas la joie. Mais en même temps, ce n’est rien en comparaison avec ce que d’autres vivent et je n’ai pas à me plaindre.

Il y a un an tout juste, j’étais à Disney en compagnie de Merveilleuse merveille et de ma maman. Aujourd’hui, je suis seule à la maison avec Mammouth, Merveilleuse passant la semaine chez sa grand-maman. C’est une période de grands changements: ma mère quittera bientôt sa maison pour un condo, et entre deux boîtes, elle et merveilleuse se refont des souvenirs pleins de larmes mais aussi gorgés de joies. La petite aide la grande à faire un certain deuil de sa vie dans cette maison, et participera cette semaine à l’achat de nouvelles choses pour la nouvelle maison de grand-maman. Pour ma mère, même s’il s’agit de sa décision et qu’elle la prend en toute connaissance de cause, c’est aussi tourner une page importante de sa vie, et faire un pas de plus en direction de l’étape ultime. Et pourtant, la maison restera la maison familiale, puisque c’est mon frère qui l’habitera désormais. Mais ce sera « chez parrain », et plus « chez grand-maman ». J’ai expliqué à Merveille qu’une maison, c’est plus que 4 murs et un toit (c’est aussi une sumpomp, hein, chéri!), mais que le plus important, ce sont les gens qui y habitent. Et les souvenirs.

Parlant de souvenirs, j’ai pris hier un lonnnnnnnnng café avec un très vieil ami que je n’avais pas revu depuis la naissance de merveille. Quel moment agréable. On s’est mis à jour sur nos vies, mais on a surtout renoué avec cette qualité de discussions que nous avons toujours eues. À une certaine époque, je m’imaginais très bien finir ma vie avec lui (il l’apprendra en lisant ce blog, et je le vois s’étouffer dans son thé!), mais si c’était arrivé, Merveille ne serait pas ici. Ça m’a confortée dans l’idée que dans la vie, il n’arrive rien pour rien. Pas que tout est prédestiné, écrit d’avance. Non. Mais que les choix qu’on fait ou qu’on ne fait pas nous amène ailleurs. Au fond, il suffit d’être disponible tant à ce qui peut arriver qu’à là ou ça doit nous amener. On a parlé de ça, d’amis communs et de plein d’autres choses. Je suis repartie de là légère, heureuse de ma vie et des choix que j’ai fait.

Le printemps arrivera bientôt – faut avoir la foi, à voir la neige tomber en gros rideau depuis tout à l’heure et la tempête de vent essuyée hier à Québec!, et ma jeunesse est peut-être loin, mais je l’ai vécu pleinement, et non, rien de rien, non, je ne regrette rien.

Entre le printemps de ma fille et l’automne de ma mère, j’en suis à vivre un bel été, comme un mois d’août ou je récolterai bientôt les fruits de tout ce que j’ai planté au cours des 25 dernières années. Vient-en, la cinquantaine! Tu me fais pas peur! :-)


J’ai écouté hier soir l’excellent spectacle « Ensemble pour Haiti ». Un excellent spectacle, une générosité touchante. Un élan de solidarité, une voix unique devant ce malheur assorti d’une résilience extraordinaire. Au final, la tragédie qui accable Haiti a fait ressortir ce que nous avons de meilleur. La vraie question, cependant, c’est combien de temps nous serons encore pleins de bons sentiments.

Quelques voix discordantes, quelques gérants d’estrade qui ne sont probablement jamais sortis du pays mais qui savent, eux, comment organiser le chaos. À lire les commentaires sur certains blogues, je me dis que parfois, juste parfois, la race humaine me décourage et m’exaspère. Puis, un Luck Merville qui parle du fond du coeur sans prêcher la bonne parole, un Denis Coderre qui ne fait pas de politique avec le malheur, des millions de dollars amassés à coup de 5$ et de 10$, et voilà que je reprends espoir.

De l’espoir, par contre, il n’y en a plus pour Serge, dont on a retrouvé le corps hier. Je l’ai cotôyé au Québec et à Ottawa. Un homme solide, une fin horrible. Christiane, dans son communiqué, dit que Serge est mort en faisant ce qu’il aimait. Ça console, ça atténue la peine, mais ça ne fait pas disparaître la trise réalité.

Et puis il fait beau. Enfin, un peu de soleil, comme pour nous rappeler que malgré tout, « over the rairbow, blue birds fly ».


Depuis mercredi, je cherche. Comment exprimer l’horreur, la compassion, la peine, l’angoisse? Comment faire pour se donner l’impression qu’on est pas totalement inutile? Donner? Oui, donner généreusement. Prier? Oui, même si je me dis que si Dieu existe, il est totalement injuste envers ce peuple. Après les inondations, après Jeanne, pourquoi faire trembler la terre?

Je n’ai pas les mots. Je songe à cet homme que je connais, dont on est sans nouvelles, et à sa famille. Comment tolère-t-on l’attente?

Je songe aussi à ces enfants qui demain seront sans parents. Est-ce une solution que de leur ouvrir nos coeurs, nos maisons? Pour se donner bonne conscience?

Je n’ai pas les mots. Juste une conscience aigue de notre bonheur.

J’écoute Louis Lemieux et Dany Laferrière. Ils ont les mots, la compassion et l’intelligence du coeur. Ça apaise. Tout comme les bras de Merveilleuse merveille, qui a préparé des petits mots pour les petits haitiens, qu’on  » leur enverra quand le facteur recommencera à passer, hein maman « .


J’aime la télé. Je l’ai déjà écrit. Et je suis hypocondriaque. Légèrement genre. Bon ok, pas légèrement. Affreusement.

Tout ça pour dire que depuis toujours, je suis une junkie des émissions « médicales ». Je me rappelle avec délices St-Elsewhere, puis Chicago Hope et ER. J’adorais les intrigues, je rêvais de me faire soigner par Mandy Patinkin, j’avais l’impression de faire du voyeurisme dans l’univers mystérieux des salles d’urgence.

J’avais donc des attentes élevées pour Trauma. Un cast impressionnant, un réalisateur de métier, une scénariste qui m’avait fait tripper avec Fortier. Probablement que mes attentes étaient trop élevées: je n’ai pas aimé. J’aurais voulu, tellement voulu aimer! Deux choses m’ont refroidies: d’abord les dialogues, trop « verbeux », et la propreté de tout ça. Je disais à Mammouth que je voulais être malade dans un hôpital aussi clean, parce que tous ceux que j’ai fréquenté, même les plus neufs, n’ont rien à voir avec ça. Pas que je tienne à ce que ça pisse le sang et que ça suinte la crasse, mais ce qui faisait la force des émissions américaines, c’était l’impression que c’était la même chose qu’au CHUM, genre. Des détails? Probablement. Et j’écouterai quand même les prochains épisodes, parce que de la bonne télé faite ici, ça mérite qu’on s’y attarde.

À l’opposé, mes attentes étaient très basses pour Mirador. C’est un milieu que je connais plus, et malgré de très bons comédiens, c’est le genre d’histoire qui peut vite tomber dans la dérape. Et pourtant, je suis restée scotchée devant mon écran. Bon, Patrick Labbé restera toujours pour moi le Simon de La vie, la vie. Une des premières séquences, où il s’examine longtemps dans le miroir, était presqu’un copie/coller d’une scène de mon émission fétiche. Mais ceci étant, j’ai quand même cru en son personnage de gars torturé.

En lisant rapidement mes « twits » ce matin, je tombe sur une réflexion d’une copine scénariste: Vous lire re: #Mirador me fait me rendre compte à quel point on se fait rapidement une opinion sur une série. Ça fait peur aux auteurs!

Elle a raison: on a la critique dure et rapide. On se fait une tête sur un seul épisode et on tranche. C’est comme pour le reste: quand on a 500 canaux et une possibilité infinie d’émissions à regarder, quand on peut voir en direct des junkies s’injecter leur dope, quand t’as l’impression que la madame qui accouche va crever ses eaux dans ton salon, la première émission d’une nouvelle série télé doit t’accrocher, sinon tu zappes. C’est profondément injuste pour les scénaristes, pour les réalisateurs et pour tous les artisans de la télé. Mais c’est la réalité, tout comme FB et Twitter modifient nos habitudes de communication. Sommes-nous devenus trop exigeants ou juste plus paresseux, en ne laissant plus le temps aux personnages et aux histoires de s’installer sur 2 ou 3 épisodes?

J’aime la télé. J’ai adoré Bunker (nous devions être 4 à avoir suivi la série jusqu’à la fin!), je voues un culte à La vie la vie,  j’ai été accro à Aveux. Dans le cas de la première, parce que je m’y reconnaissais parfaitement, même au sixième niveau. Dans le cas de la seconde, parce que ça révolutionnait ce qui c’était fait jusque là au Québec. La troisième pour son intelligence et le jeu des comédiens, en particulier Guy Nadon.

Aurai-je le même attachement à Trauma et Mirador? Je ne crois pas. Mais c’est un zillion de fois mieux que Occupation Story ou Loft Double!


 

Je ne connais rien en technologie. Rien de rien. J’ai la chance d’avoir un Mammouth expert en cette matière, alors je me tais. Mais en ce début de nouvelle année,  j’ai envie de partager quelques réflexions.

Tout le « débat » qui fait rage entre les journalistes et les blogueurs me laisse plutôt froide. Journalisme citoyen? Réseaux sociaux? N’importe quoi 2.0? Dans la vraie vie de madame Toulemonde (pas Odette,  mais plutôt celle des nouvelles), ce sont là des débats aussi oiseux et inutiles que le sexe des anges. Pourtant, il y a un réel danger de dérapage.

Ce weekend, les rumeurs niées, démenties, confirmées, sur le décès présumé de la chanteuse Lhasa de Sela a mis en lumière le potentiel de dangerosité des zinternets, comme dit Mammouth. Au-delà de questions aussi fondamentales que celle du droit à l’information, mais aussi du droit au respect de la vie privée, concepts qui peuvent s’affronter dans ce genre de circonstance, c’est  le procès d’intention des uns et des autres qui m’a fascinée et apeurée.

C’était tout à fait dans la lignée des articles parus dans la Presse ce weekend. Comme si le fait d’écrire, de twitter, de fessebouquer, de bloguer, permettait tout, sans contraintes, sans limites, sans décence. Ouais, c’est ça je crois qui me heurte: l’indécence et le manque de savoir-vivre qu’on retrouve de plus en plus sur la toile. L’immunité totale du derrière l’écran.

La démocratisation des outils d’information, ça peut être aussi violent et imprévisible qu’un gun « loadé » entre les mains d’un enfant.

Je ne suis pas en train de dire qu’il faut retourner à un contrôle stricte de l’information. Je suis une junkie des réseaux de nouvelles en continue et je crois que l’information permet de faire des choix éclairés. Pour moi, les chasse-gardées des uns et des autres sont un faux-débat. Ce qui l’est moins, par contre, c’est l’impact de la nature humaine sur l’information et sur ce qui circule publiquement. Des carrières, des réputations sont en jeux et on s’étonne de l’absence de leaders forts et crédibles… D’un simple twitt, sur la base de  « on-dit », on peut créer une tornade qui ne pourra s’arrêter d’elle-même. Ce n’est pas différent du mémérage du parvis d’église, au fond. Mais la vitesse avec laquelle la moindre information circule, est reprise et dissiminée partout fait que ce qui pouvait se rattraper autrefois ne peut plus l’être maintenant. Peu importe que Joe Bloe ou Pat Lagacé ou Yves Boisvert signent un article, si les faits sont inexacts, le dommage est le même. Parce que le twitt de Joe Bloe sera peut-être repris par quelqu’un qui le refilera à quelqu’un qui le refilera à Pat Lagacé.

Je nous souhaite juste qu’en 2010, nous puissions faire un débat serein là-dessus. Pas sur le contenant, sur le contenu.

Je nous souhaite que 2010 soit une année où nous réfléchirons, individuellement et collectivement à notre rapport aux autres et à notre comportement sur les zinternets. 

Et je vous souhaite, amis lecteurs, que 2010 soit une bonne année: qu’elle vous permette d’aller au bout de vos rêves!


Montée de lait

26 12, 2009

Vous avez passé un bon Noël? Ici, c’était plutôt formidable. Comme à l’habitude, on a acheté les cadeaux et les provisions à la dernière minute (vive l’adrénaline!), le Père Nowel est passé dans la nuit et a vidé son assiette, laissant des miettes de biscuits et de carottes, mais cette année, comme les grands n’étaient pas avec nous, l’arbre n’était pas enseveli sous les cadeaux. Les cadeaux, ils y seront au Jour de l’An, quand toute la famille sera réunie, incluant les grands-mamans.

Hier, nous avons reçu à souper. Des gens qui, pour toutes sortes de raisons, n’avaient rien à faire en ce 25 décembre au soir. Des gens de tous horizons, qui ne se connaissaient pas entre eux. Des enfants fatigués qui ont tenu le coup. Des adultes qui se sont retrouvés autour de conversations tantôt artistiques, tantôt politiques, tantôt technologiques. Et comme le veut la tradition, c’est à la tourtière, la vrâ, celle du Saguenay, que nous avons initiés et/ou régalés nos amis. Une bien belle soirée, remplie de chaleur humaine et d’amitié. Une soirée comme je les aime.

Alors pourquoi ce titre?

Ce matin, en lisant ma Presse, je tombe sur cet article:

http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/education/200912/26/01-934165-adieu-semaine-de-quatre-jours-a-lecole.php

Et plus je lis, plus la moutarde me monte au nez. Mettons d’abord quelque chose au clair: non, je ne suis pas objective. Mes parents ont tous les deux enseigné,  je suis issue du monde de l’enseignement. Pour moi, être prof, c’est une vocation, pas une job. J’admire ces gens qui ont le mandat d’apprendre à nos enfants à lire, écrire, compter. Qui leur donne 100 fois plus que la matière obligatoire. Je reconnais la lourdeur de la tâche, et je n’ignore pas qu’elle est de plus en plus difficile.

Mais bâtinsse! Nommez-moi un femme qui ne rêve pas de faire du 4 jours semaine????? Nous courrons toutes après notre temps, en essayant de conjuguer vie professionnelle et vie familiale. Mais combien d’entre nous avons la possibilité de le faire? Non, je ne tomberai pas dans la démagogie de bas étage, mais combien d’entre nous avons plusieurs semaines l’été, finissons à une heure raisonnable? Je sais, vous m’argumenterez qu’elles sont de la correction à faire, qu’elles préparent la journée du lendemain, que… que… Je sais. Je peux également vous nommer un certain nombre de mes collègues fonctionnaires et gestionnaires qui apportent du travail à la maison. Régulièrement. Et pas parce qu’elles ne sont pas organisées. Parce que la tâche augmente partout.

Au fond, deux choses me troublent: je veux bien qu’aucune étude n’évalue les impacts sur les enfants qui se retrouvent une journée par semaine avec une autre enseignante, mais je suis loin de penser, comme le psy de l’Université Laval, que c’est la même chose que les soins infirmiers. C’est tourner les coins un peu rond dans la comparaison, me semble.

L’autre point, c’est que je me demande si le travail a encore une valeur dans notre société. Ou si c’est plutôt un outil pour nous permettre de vivre, point. Le cas des enseignants a des aspects particuliers, mais c’est la même chose partout. Alors quand on me sort l’argument que de ne pas permettre le travail 4 jours par semaine va décourager les jeunes d’envisager cette profession, je me demande quel signal on envoie.

Sur ce, je retourne à mes fournaux. Joyeux temps des fêtes à vous tous, lecteurs et lectrices encore fidèles! Je reviens, promis, vous faire mes voeux de nouvel an!


Good enough

29 11, 2009

Nanon, je suis pas morte. Pas désintéressée de la blogosphère non plus, et pas monopolisée par Twitter ou Facebook. Juste occupée à vivre à gérer, à recentrer et à (ap)prendre du temps pour moi.

Cet après-midi, par exemple, alors que Mammouth est parti avec la tribu au cinoche, me suis fais quelques plaisirs solitaires. Nah! je vois dans votre oeil, lecteur, une lueur coquine… Pantoute! Je me suis fait un thé à la menthe horriblement sucré (diabète welcome!), j’ai passé la balayeuse et j’ai écouté la télé.

J’ai écouté une reprise de Bazzo.tv. Surtout une discussion passionnante sur les « mères indignes ». À laquelle j’ai envie de réagir.

Comprenons-nous bien: je n’ai rien contre les mères indignes. Et surtout pas contre l’originale, Caroline Allard, une fille bourrée de talents qui mérite tout ce qui lui arrive. À cette mère indigne, qui nous a toutes permis de sortir du placard de la perfection, se sont succédées une série de mères toutes plus imparfaites les unes que les autres. Au point de créer un phénomène dont on discute à la télé, à la radio, sur les blogues, dans les magazines sérieux et les ceusses à potins et qu’on doit bien, dans le sérieux de nos facultés universitaires, analyser et décortiquer en moultes maîtrises.

Or, comme tous les phénomènes, y’a toujours quelque chose qui me titille. J’écoutais le bon docteur Chicoine dire que les bébés n’ont pas besoin d’une mère parfaite, Marie-Claude Barette parler de l’aspect « sacrifice » consenti de la maternité. Tout vrai. Mais un bébé a besoin d’une mère adéquate, et le sacrifice est proportionnel à ce qu’on perçoit devoir abandonner de sa vie d’avant.

Je les écoutais parler du besoin de sortir de la checklist de la perception maternelle – l’accouchement naturel, l’allaitement à perpetuité, les purées maisons, et j’en passe et des meilleures. Et je me suis demandée si, avec le phénomène des mères indignes, on n’avait pas remplacé une checklist par une autre – la dérision, le martini défendu, le besoin de crier au monde entier son imperfection? Remplacer une dépendance par une autre, est-ce une solution? On fait quoi, quand on est pas assez indignes?

Être mère, c’est difficile. On est jamais à la hauteur des attentes, et encore moins à la hauteur de ses propres attentes. C’est accepter, ou essayer d’accepter, que peu importe, on aura jamais tout compris, tout appris, tout perfectionné, tout rendu parfaitement. C’est vivre dans l’angoisse perpetuelle que quelqu’un, quelque part, pense qu’on a pas bien « élevé » ses enfants, c’est vivre dans l’inquiétude constante du devoir faire plus et\ou mieux.

Et c’est les regarder dormir, confiants. C’est aussi les regarder tracer leur propre chemin, pas toujours comme on l’aurait souhaité, mais bravement, armé de tout ce qu’on aura pu leur donner, malgré…

Bref, c’est juste accepter d’être une « good enough » mother, une « good enough » blonde, une « good enough » boss.

Ouais. I’ll drink to that!


Gestion de crises

3 10, 2009

Ces jours-ci, tout est urgent. Tout est exacerbé. Tout est… trop. Ouais, juste trop.

Test ultime hier: nous sommes en réunion – communément appelée journée organisationnelle. Après 4 mois dans mon nouvel emploi, il était temps de faire le point en équipe, de revoir nos priorités et d’établir des règles du jeu claires. À l’ordre du jour, notamment, le plan de gestion de crise en cas de pandémie de la grippe du code postal.

Comme nous étions à parler de ce dossier en équipe, j’ai commencé par dire que ma position en était une de risque minimum: tu fais de la fièvre, tu te sens grippé, tu as des enfants qui sont malades? Tu restes à la maison. On va équiper tout le monde avec le système de gestion de dossiers à distance. Tu peux travailler de la maison? Tu le fais. Et je n’irai pas vérifier personnellement si tu mouches vraiment et si tu te tousses les poumons hors de la cage thoracique. Bref, on ne met pas les collègues ou les clients en danger. Oui, j’ai fait provision de Purell. En cas de pandémie, on aura aussi des masques disponibles.  Mais pour l’instant, pas de mouvement de panique.

Mes gens sont des professionnels. Ils ne profiteront pas d’une pandémie pour se pousser au soleil, prétextant qu’ils sont malades. J’ai donc eu une discussion avec la grande boîte: dans la vraie vie, s’il y a effectivement une pandémie, personne ne sera en mesure de tester tous les malades. Alors exiger un papier médical relève du wishfull thinking, à mon avis. Tout autant que d’exiger un certificat de retour au travail… Les médecins ne s’entendent pas sur la durée de la contagiosité de la maladie… Et puis, entre vous et moi, la H1N1 ou une grippe ordinaire, who cares? T’es malade, tu restes à la maison!

En plein milieu de l’avant-midi, un coup de fil: une employée, malade, arrive de chez le doc. Elle est en pleurs, paniquée. Le médecin lui a parlé de potentielle H1N1. Elle était au bureau, mercredi. Fièvreuse. Elle a peur d’avoir contaminée tout le monde. Hum. Je serai donc la bêta testeuse du plan de contingence…

D’abord, la rassurer elle. Elle est dans le stationnement de la clinique, incapable de rejoindre son conjoint, inquiète pour ses enfants, inquiète pour elle, inquiète pour ses collègues.

Ensuite, voir avec la grande boite: avons-nous enfin des directives? Mouvement de panique à babord… Heu.. on est prêt. Enfin, on pense qu’on est prêt. Heu… c’est toi la gestionnaire, tu prends tes décisions de gestion. Tu assumes et tu nous tiens au courant. Heu… non, tu exiges un certificat. Heu… de maladie ou de bonne santé? Heu… Ouais. Je gestionne.

J’ai la totale: une employée enceinte, une autre dont le conjoint est en chimiothérapie, une dont la mère de plus de 90 ans a une santé plus que fragile, d’autres qui ont de jeunes bébés. Et pas de diagnostique clair: potentiellement, mais pas testé. Je fais quoi? Je me tais? Je parle, au risque de provoquer une panique? Gestionne, ma fille. Gestionne.

Nous aurons une position corporative, bien sûr. Mais en attendant, je gestionne. Avant d’aviser ma gang, j’ai pris le temps de réfléchir. J’ai d’abord géré ma propre panique: après ma double pneumonie de l’hiver dernier, j’ai pas envie de me taper une grippe. Deux grandes respirations plus tard, je me dis que les risques sont minimes, mais que même en prenant toutes les précautions du monde, si le virus décide de m’attaquer, je n’y pourrai rien. Fake…

J’ai ensuite indiquer à ma gang que leur collègue serait absente pour la semaine, et que son médecin lui avait dit qu’elle avait des symptômes s’apparentant à. Que pour le moment, il n’y avait pas de diagnostique, et que si je leur en parlais, c’est que je voulais qu’ils soient attentifs aux symptômes. Quant à l’employée enceinte, on lui a suggéré de contacter sa gynéco. Je leur ai transmis les liens internet des ministères de la Santé. Et nous avons en choeur pratiquer la chanson du lavage de main! C’est d’ailleurs devenu un running gag pour le reste de la journée: au moindre éternuement, c’était pause lavabo! Pas de panique, tout le monde a réagi en adulte.

En l’absence de diagnostique, aurais-je dû me taire? J’ai jonglé avec l’idée, mais je ne me serais pas sentie en paix avec moi-même si je l’avais fait. Tout est dans la manière d’aborder les choses. Au fond, c’était une bonne pratique…


L’autre

28 09, 2009

Il était affalé sur la boîte du téléphone. Savez, ces boîtes laides de Bell qui ont l’air de pousser sur les murs des stations de métro, ou dans les halls d’hôtel? Drôle d’endroit pour s’affaler. Debout dans le wagon du métro arrêté encore une fois à l’heure de pointe, je regardais distraitement les gens qui venaient de sortir à la station Rosemont, pressés de retourner à la maison, retrouver un amoureux, des enfants, un chat, un chien. À la limite, un poisson rouge.

Pas lui. Il était affalé sur la boîte téléphonique. Était-il sorti en même temps que les autres? Était-il déjà là quand nous étions arrivés? Et le métro, portes grandes ouvertes, ne repartait toujours pas. Je le regardais, incapable de détacher mon regard de cet homme d’âge mur, affalé. Quelque chose ne cliquait pas. Je ne savais pas quoi, mais un détail accrochait.

Puis j’ai compris. Ce léger mouvement d’épaule, c’est le mouvement qu’on fait quand on retient à grand peine ses larmes. Quand on étouffe par en dedans pour ne pas hurler. Il a relevé la tête, a essuyé ses yeux, puis a pris son front dans sa main. Toute la douleur du monde était dans ce geste.

Instinctivement, je suis sortie. Pour aller vers lui. Quelque chose dans son attitude criait à l’aide. J’ai fait quelques pas, il a levé les yeux, et a secoué la tête. Pour me dire de ne pas approcher. J’ai laissé partir le métro, en me disant que j’attraperais le suivant, que j’avais du temps. J’ai continué à le regarder, sans un mot.

J’ai pris le métro suivant. Il n’avait pas bougé. J’ai continué mon chemin, la tête pleine de questions. Pas par curiosité, non. Je me suis demandé quelle mauvaise nouvelle avait pu réduire cet homme à étaler pudiquement sa douleur, comme si elle l’empêchait d’avancer, de sortir de cette station bondée à l’heure de pointe.

Son amoureuse venait-elle de lui dire que tout était fini? Venait-il d’apprendre le décès d’un proche?

Dans un très mauvais scénario de film, ça commencerait ainsi:  » Terrassé par la nouvelle, il était incapable de bouger, peinant à reprendre son souffle… »

Sauf que ce n’était pas un mauvais scénario de film. Juste une « scène de la vie quotidienne » dans le métro. Et son regard me suit encore…


…. ouais, pis?

Depuis mon retour au boulot, je cours après mon temps. Je suis en réunion non-stop, je me justifie par écrit pour me conformer aux règles, je dote et je radote. Les activités ont repris également à la maison, mais difficile de se mettre dans le mood automnal quand il fait un temps estival. Les arbres commencent à peine à rougir, l’eau de la piscine est cristalline, et si ce n’était de la pluie qui tombe aujourd’hui, j’aurais pensé à aller m’étendre sur ma chaise longue pour lire au soleil quelques heures.

Mais il pleut. Et l’humeur est sombre. Trop de morts* ces jours-ci. Des morts publiques, et des morts personnelles. Des petites morts, des illusions mortes, des feuilles mortes. Mais quand même l’impression d’avancer.

Professionnellement, les choses se placent. J’ai commencé à trouver « mes » marques. À élaguer l’héritage, à séparer le bon grain de l’ivraie. À faire tourner le bateau. Vendredi, en réunion d’équipe, j’ai commencé à voir les gens sourire. J’ai livré ce que je m’étais engagée à livrer, et le lien de confiance est établi. Enfin je crois. Je sais à quel point ces liens sont fragiles, mais je crois avoir manoeuvré correctement. Du moins, je l’ai fait en toute transparence.

J’ai douté. Beaucoup. C’est sain, le doute. Ça vous force à remettre en question pas mal d’absolus, ça épuise, mais ça produit toujours des résultats dans mon cas. Je doute encore un peu, mais les certitudes se réinstallent.

Et puis j’ai réalisé que quinquagénaire et quinquaillerie, c’est lié. À 50 ans, vous commencez à avoir besoin de pièces de rechange. Là, c’est mon genou, tanné de supporter un excès de poids, qui se rebelle. D’ici quelques années, aurai-je droit à une articulation en titane? En aluminium léger, garanti 30 ans?

C’est dimanche. Cet après-midi, pour rester dans le ton, nous irons voir « Il pleut des hamburgers »…

Comme dirait l’autre « Bonne semaine »!

* Le décès de Pierre Falardeau me désole. J’aimais m’énerver quand il s’énarvait. Celui de Nelly me désole aussi. Mais pas pour les mêmes raisons.


Avoir peur des mots

6 09, 2009

Vous me connaissez. Je ne parle jamais politique. Ou si peu.

Mais la controverse entourant le Moulin à paroles me laisse songeuse. Pas sur le caractère partisan de l’événement: chacun y trouvera sa chacune, comme disait ma grand-mère. Non, ce qui m’interpelle, c’est notre rapport à l’histoire.

Je vous l’ai déjà raconté: la crise d’octobre a joué un rôle déterminant dans ma vie. Le fait qu’on veuille relire des extraits du manifeste du FLQ ne me gêne pas. Octobre 70 fait partie de notre histoire, tout comme la révolution tranquille, les jeux olympiques ou les élections à répétitions… Avons-nous si peur des mots? Avons-nous si peur de notre histoire? Pensons-nous qu’édulcorer le passé le rend plus acceptable? Moins dangereux?

Nous avons, comme société, nos côtés sombres. Nous avons eu nos histoires pas belles, pas jolies, nos moments moins glorieux. Tout comme nous avons eu nos moments forts, ces moments ou on se sent fiers d’appartenir à cette société qu’est la nôtre. Dans notre histoire collective comme dans nos histoires personnelles, y’a des événements qu’on souhaiterait peut-être oublier, mais qui ont exister. On peut toujours nier, mais la réalité demeure.

Au fond, qu’est-ce qui est le plus subversif? De lire un texte comme le manifeste, ou de l’ignorer? Et pour qu’on se comprenne bien,  je ne prends pas position ni pour un camp, ni pour l’autre. Il y a des dérapages de chaque côté, à mon avis. Bien des mots inutiles.


Belle initiative, pour ceux et celles que ça intéresse: une conférence en direct sur le sujet, en provenance de l’Hôpital de Montréal pour enfants.

http://www.hopitalpourenfants.com/fr/nouvelles/pointdemire.aspx?id=739
On a jamais trop d’informations pour prendre une décision, quelque qu’elle soit.


… a fait sa première victime: une classe de 2e année d’une école primaire de quartier. Yup. Et selon merveilleuse merveille, c’est la faute du premier ministre. Son premier apprentissage  de la rentrée : c’est la faute du gouvernement. Mais vous et moi, on le sait hein, que c’est toujours la faute du gouvernement!

En fait, je suis un peu en maudine – le stade avant être en maudit. Semblerait que la commission scolaire s’est décidée hier à retirer des écoles les enseignantes enceintes. Z’auraient pas pu y penser avant la rentrée? Bref, les petits ont commencé lundi avec une enseignante qui les avaient déjà avisé qu’elle quitterait en novembre. Hier, elle les a informé qu’elle quittait en fin de journée. Et Merveilleuse, peinée, de m’expliquer que c’était le premier ministre qui avait décidé ça, et que le gouvernement savait toujours qui était enceinte. Big brother, rien de moins.

C’est ce même gouvernement qui nous a également envoyé hier une belle note sur la grippe du code postal, nous assurant que les mesures nécessaires seraient mises en place le cas échéant. Tout comme la ministre nous a personnellement écrit qu’elle avait à coeur la réussite scolaire de mon  enfant. Non pas que je doute de ses bonnes intentions, loin de là. Y’a deux postes de ministres dans un gouvernement ou tu n’es jamais gagnant: la santé et l’éducation. Et la ministre ne s’en tire pas plus mal que d’autres. Mais honnêtement, je doute que beaucoup de parents prennent le temps de lire sa missive. C’est plus facile de dire que c’est de la faute du gouvernement…

Et pour ceux et celles qui sont déçus que ce billet ne parle pas du débat entourant le vaccin… Voyez-vous, je prends pour acquis que mes lecteurs/trices *André Boislair, sors de ce corps!* sont des gens matures, responsables, qui prennent des décisions éclairées. Et qu’ils assument les conséquences de leurs décisions. À lire et à écouter les débats, je me demande seulement si les gens qui sont si farouchement contre ne seront pas les premiers à revendiquer à grands cris leur vaccin si la situation devient réellement grave. Mais bon, là encore, ce sera la faute du gouvernement, hein! Y’avait juste à nous le dire, hein!


J’ai changé le calendrier sur le frigo, ce matin. Déjà septembre? Prise par la vraie vie, et par une crise existantielle d’écriture, j’ai délaissé ce blog cet été. Écrire, quand ça vous force, quand vous avez le sentiment de n’avoir rien à dire, c’est difficile. J’ai jonglé avec l’idée de fermer les chroniques du patio, et j’ai oublié.

J’y suis venue quelque fois, parce que c’est quand même ici que j’ai envie de déposer mes textes, de laisser aller mon imaginaire, de jouer avec les mots, de laisser ma trace pour ma fille. Et j’ai oublié.

L’impression d’avoir déjà tout raconté. De me « réécrire », de radoter.

Je réalise aussi que je m’auto-censure. Beaucoup. Avec la nouvelle job viennent les nouvelles responsabilités, et même si j’aurais abondamment de matériel pour raconter des histoires « vraies »,  je n’ose le faire. Les nouvelles responsabilités viennent également avec un devoir de réserve.

Et vous me connaissez. Je ne parle jamais politique. Ou si peu. Pourtant, il y aurait tant à dire…

Y’a aussi qu’on devra établir une nouvelle routine de vie. Mammouth a décroché un contrat qui l’oblige à se lever bien avant l’aube, et cette année, je devrai laisser merveilleuse merveille au service de garde plus tôt, puisqu’il ne pourra plus l’amener à l’école. Nouvelle routine donc pour elle et moi le matin, plus tôt. Nouvelle routine également pour le soir, afin d’alléger celle du lendemain matin. Pour l’instant, nous avons survécu à la rentrée. Merveilleuse est ravie: elle a échappé au prof qu’elle ne souhaitait pas avoir. Moi, je le suis moins: le prof qu’elle a, bien que probablement fort douée, quittera en novembre pour son congé de maternité. Quand on sait à quel point merveilleuse est réfractaire au changement, et comment elle réagit quand sa routine est déstabilisée, j’avoue que ça m’angoisse un peu. Par contre, je sais que cette nouvelle prof était en charge des groupes de troubles de comportement les dernières années, et qu’en lui en parlant, elle saura préparer ma fille à ce changement. Et puis, même si j’angoisse, il n’arrivera que ce qui est dû pour arriver, alors …

Ce fût d’ailleurs une rentrée rock and roll: 30 heures sans électricité, de dimanche matin  à lundi pm, ça donne un sujet de conversation aux parents qui, comme soi, ont la couette de travers (pas d’électricité = pas d’eau chaude = pas de douche!), sont en manque grave de caféine, et se sentent coupables d’avoir hâte de laisser les enfants dans une école aussi sans électricité mais soulagés que quelqu’un d’autres les occupent pendant quelques heures!

Entretemps, je suis toujours en vacances, bien que le p’tit hamster dans mon cerveau n’arrête pas de préparer sa « rentrée » au bureau. De gros changements à l’horizon. J’ai pris l’été pour observer, consulter, discuter. J’ai commencé à mettre en place une nouvelle structure, qui se concrétisera au retour. Tout comme avec merveilleuse merveille, je sens que certains de ces changements perturberont ma nouvelle équipe. À moi de voir comment je les ferai accepter en douceur. Stressant? Un peu. Mais c’est pour ça qu’on me paye, non?

Mon père avait l’habitude de dire: « t’as pas voulu faire une soeur? Ben travaille! »…J’aurais bien voulu être religieuse, à condition qu’on me promette d’être pape… P’tit boss des bécosses, dit Mammouth. Nah! Nah???? Nah!!!! C’est pas tout, y’a du lavage qui m’appelle (et que j’étendrai sur ma nouvelle et illégale corde à linge!), de la vaisselle à ranger, une balayeuse à passer et une sortie de filles qui m’attend ce midi.

Pour une fille qui n’avait plus rien à dire, hein…


Je me répète. J’aime août.

Malgré la canicule. J’vous l’avais dit hein, qu’il ferait beau pendant mes vacances? Pfffttt… la prochaine fois, vous me consulterez avant de choisir vos dates. Moi, il fait toujours beau pendant mes vacances en août!

Malgré les journées qui racourcissent. Malgé les fournitures scolaires à acheter, malgré la fatigue accumulée, malgré les enfants qui ne s’endurent plus de s’être couché trop tard, d’avoir mangé trop de popcorn, trop de hots-dogs, de s’être trop baigné, d’avoir trop couru… malgré l’été qui s’est fait attendre, qui a fait sacrer tout le monde. Malgré l’absence de René et la présence de Franco.

Merveilleuse merveille et moi sommes allées à Ottawa. En train, pour profiter des supers spéciaux de Via Rail (aller/retour pour moi, les enfants de moins de 11 ans voyageant sur le bras = 41,59$ taxes comprises… moins cher qu’un plein d’essence!) et à l’hôtel, formule studio/cuisinette/piscine/spa/sauna. Le bonheur.  Pour les musées, pour le Marché By, pour l’amphibus, pour le Centre Rideau. Pour le pur plaisir de voir ma poulette, belle comme un matin d’été, faire sourire les gens sur son passage, à traîner sa valise de princesse et sa sacoche à coeurs.

La lumière particulière d’août, la petite fraîcheur qui s’installe, la routine qu’on essaie de restaurer tranquillement. L’école qui recommence la semaine prochaine, l’envie de faire des conserves, le bois à commander et à corder. L’anticipation des nouvelles séries à RC, les cours d’aquaforme pour penser un peu à soi.

J’aime août. J’ai retrouvé René, on gardera Dominique Poirier en après-midi. Que demander de plus à la vie?


Il y a sept ans ce matin, je quittais la maison avec Mammouth, ton papa. Je savais qu’au terme de la journée, je pourrais enfin mettre un visage sur ma donneuse de coups de pieds, sur ma gymnaste qui pendant des mois, avait fait des « double salto arrière renversé » dans mon bedon. J’avais hâte, même si j’étais pleine d’appréhensions. J’ignorais tout de toi, j’ignorais tout de la maternité, j’ignorais tout de moi comme mère. J’étais pleine de questions, j’avais peu de réponses.

Depuis, à chaque anniversaire, je te raconte ta naissance. Je te redis à quel point tu as bouleversé ma vie, à quel point tu m’as changée. À quel point je me suis découvert des trésors de patience, pour toi et pour ton papa.

Tu vieillis, ma toute belle. Ma belle rebelle. Ma toute belle rebelle. À chaque année, je fais un peu le deuil du bébé que tu as été, que je dois laisser aller, pour faire de la place à la pré-ado que tu crois être. Hier, je te regardais nous défier du regard, le menton enfoncé dans la poitrine, le feu dans les yeux. Puis, redevenir cette enfant douce, câline, qui du bout de la maison me crie des « maman? Je t’aime » dix fois par jour. Cette enjôleuse qui pratique son oeil de biche sur son papa et sur tonton Marc, et qui fera damner les hommes plus tard.  Et tu sais quoi? Même quand c’est difficile, même quand je me dis que je ne sais pas comment m’y prendre, même quand j’ai le goût de tourner les talons, tu es mon ancre et mon encre. Je t’aime, ma toute belle rebelle.

Encore ce weekend, je te voyais, beachbumette la couette au vent, prendre le commandement de la gang des petits au party annuel de la famille de Mammouth. Tu es parfois maladroite dans tes relations aux autres, mais tellement attachante et tellement brillante! Comment ne pas t’aimer? Même exaspérante, même frondeuse, tu es ma fille, ma toute belle rebelle. Et ce qui m’énerve, ce sont ces traits de moi que je retrouve en toi.

Même si ta fête n’est que mercredi, aujourd’hui demeure un jour spécial pour moi. C’est par un beau lundi que tu as fait de moi ta mère, et je revis dans mon corps et dans mon âme chaque minute de cette journée qui a à tout jamais changé le cours de notre histoire.

Bonne fête, ma toute belle rebelle. Je t’aime.

 

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Faire un enfant à 40 ans est devenu d’un tel banal qu’on en fait plus de cas. Juste ce weekend, au party annuel de la famille de Mammouth, nous étions 4 à avoir accouché entre 39 et 42 ans. La médecine a fait de grands progrès, les grossesses de quadra sont de moins en moins considérées comme des grossesses à risque, alors pourquoi en faire tout un plat?

Pourtant, je réalise que ce n’est pas d’avoir un enfant à 40 ans qui est difficile. C’est de gérer un ado de 15 ans à 55 ans qui est difficile! C’est de réaliser, concrètement, qu’on vit simultanément ces grands changements hormonaux que sont l’adolescence et la ménaupose… Pauvre Mammouth…

 

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Je me fais rare? Je vis. Mon nouveau job, les amis, les rénos extérieures. Et puis, la moche météo joue sur l’humeur, et tant qu’à écrire des mochetés, autant faire autre chose…. Je n’en pense pas moins à vous, je continue de vous lire.


Tempus fugit

24 06, 2009

Ciel! Déjà près d’un mois que j’occupe mes nouvelles fonctions. Déjà la fin de l’année scolaire. Déjà l’été (qui s’est fait attendre, j’en conviens). Déjà.

Ado, le temps me semblait interminable. Dieu que j’avais hâte de déployer mes ailes totalement, d’être responsable de ma vie et de mes décisions! Là, maintenant, si vous me demandiez d’être totalement honnête, je vous dirais que parfois, j’aimerais bien que maman m’assume. Eh! j’ai dit parfois!

J’aime beaucoup mon nouvel emploi. Les défis que j’avais anticipés sont bien ceux auxquels je suis confrontée, mais j’ai l’impression, pour une fois, d’avoir les outils en main pour m’y attaquer. J’ai pris le temps de rencontrer individuellement chaque membre de l’équipe, et je suis à faire des rencontres avec nos « partenaires ». Des heures de discussion, de déplacements dans la ville, mais une constante: le soir, à 17h00, on ferme! Ça nous a permis d’établir une nouvelle routine à la maison qui me donne du temps de qualité avec merveilleuse merveille et Mammouth.

Évidemment, je suis épuisée. Prendre le temps d’établir de vrais contacts, être à l’écoute réellement de ce que les autres disent, ça vient chercher une énergie terrible. Encore plus, de traduire en gestes concrets les attentes réalistes qu’on vous met sur les épaules, c’est terriblement énergivore. Mais ô combien stimulant.

Et puis une nouveauté: je me trouve bonne. Y’a un fond en moi de judéo-chrétienneté qui fait que j’ai du mal à m’attribuer le mérite qui me revient. Ça a provoqué une bonne discussion avec mon coach hier sur le fait qu’il est difficile d’aimer les autres et de les reconnaître pour ce qu’ils sont si on ne s’aime pas soi-même et si on ne se reconnaît pas pour ce que nous sommes. Sur la différence entre porter un regard lucide, mais indulgent,  sur soi et le péché d’orgueil. Complexe pour une journée de St-Jean, non?

Alors pour l’instant, je vais tranquillement finir mon café. Ça ronfle encore joyeusement dans la chaumière, signe de l’état de fatigue dans lequel nous sommes tous. Tantôt, plus tard, quand ça adonnera, la piscine nous attend, le bbq se fera aller, nous irons voir le spectacle dans notre petite banlieue et je me dirai que la vie, ma vie, est belle.


Magnifique matin, après 3 jours de pluie et de temps moche. Ça tombe bien, merveilleuse merveille est en pédago et plein d’activités extérieures sont prévues.

En allant la reconduire à l’école, nous avons assisté à une drôle de scène: deux oiseaux pourchassant un pauvre écureuil qui n’en pouvait plus de se sauver. Voulant l’encourager, Merveilleuse s’est mise à lui crier:

Vas-y, sauve-toi. Sinon il va t’attraper par la peau du loup!


Hier soir, au terme d’une semaine riche en découvertes, nous avons partagé le repas d’amis qui quittent pour quelques semaines. Des amis chers, qu’on ne voit pas assez souvent. Des amis d’ailleurs. C’était la fête des voisins et la beauté de Montréal, c’est que les voisins sont souvent d’ailleurs. Ça donne des saveurs, des odeurs, des couleurs différentes. Ça donne aussi des discussions passionnantes, mais toujours courtoises et empreintes d’une réelle volonté de comprendre l’autre, sans juger.

Des enfants aussi, têtes blondes et brunes confondues. Je regardais ma fille, déjà si grande au milieu des poupons et des petits. Si maternelle aussi, prenant soin de bien refermer la porte pour ne pas que les petits s’échappent dans la ruelle, fascinée par la dernière née et ses magnifiques grands yeux noirs. Le nez dans le cou d’une autre petite, je me suis rappelée comment c’était quand merveilleuse merveille avait cet âge. La découverte de l’amour pur, inconditionnel, à la limite de la douleur à l’idée que ça pourrait m’être enlevé. La reconnaissance profonde que tout ce qui importe vraiment, c’est cet amour, et de la chance que j’ai de connaître cela.

Merveilleuse merveille n’est plus un bébé, pas encore une ado. Édentée, parfois butée comme une mule, parfois racoleuse, parfois exaspérante, mais toujours ma fille. La lecture d’un texte m’a ramenée à ses premiers vrais rires, crystallins, et ses premières larmes, véritable déluge. De beaux souvenirs et un pincement à l’idée que ça va vite, trop vite.

Je suis heureuse que la vie nous permette d’exposer merveilleuse merveille à toutes les richesses culturelles que nous cotôyons. Qu’elle voit que la couleur de la peau, la religion, l’accent ne sont que des déclinaisons d’une même réalité. Non, je ne vis pas dans un monde rose bonbon. Oui, je sais que les tensions raciales existent, que Montréal-Nord est une réalité, que le psychodrame des accomodements raisonnables a pris racine dans quelque chose qui me dépasse. Ma réalité multiculturelle est tout autre: elle est faite d’hommes et de femmes de bonne volonté.


De belles journées chaudes et un été relativement typique sont attendus selon MétéoMédia. L’absence d’El Niño ou de La Niña dans l’océan Pacifique nous indique que le patron atmosphérique nous amènera notre part de temps chaud interrompu par des orages et des épisodes occasionnels de temps plus frais. – Site de météomédia…

Ou bien nous ne sommes pas encore l’été (après tout, c’est le 21 juin), ou alors nous sommes dans un épisode de temps plus frais… *soupir*



 

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